Conférence régionale viticole du 26/10/09
La viticulture est un poids lourd de l’économie d’Aquitaine : elle représente 40% de l’économie agricole régionale :
– Plus de 12 000 exploitations viticoles en Aquitaine (29% des exploitations ) emploient 14000 salariés permanents ; Elles représentent au total 33 000 actifs agricoles en équivalent temps plein dans les exploitations viticoles (ETP) : soit 50% de la main-d’œuvre agricole régionale.
- Les viticulteurs apportent 40 % du potentiel agricole régional (qui est de 5 milliards d’euros) et 6 % de la production agricole nationale.
- La coopération représente 25 % de la production viticole d’Aquitaine, 1000 salariés et 7 500 adhérents.
La viticulture est confrontée à un enjeu de renouvellement des actifs
- D’ici 10 ans, la moitié des exploitations professionnelles changeront de dirigeants : un chef sur 2 a plus de 50 ans à ce jour, et un sur trois plus de 55 ans
- 3000 viticulteurs de plus de 50 ans n’ont pas de successeurs connus ; Ils détiennent 30% du vignoble et emploient 4 500 salariés permanents.
- Les métiers de la viticulture ne sont plus attractivis : cela se traduit par une chute des effectifs de plus de 50 % dans les formations viticoles (lycées agricoles, centres de formation,…) depuis 2003 début de la crise viticole, créant un handicap majeur pour le renouvellement des actifs exploitants et salariés.
- Les installations en viticulture sont en chute de: avec un nombre divisé par 4 depuis 2003
La filière est plongée dans une crise qui dure depuis 2003 et s’aggrave depuis 2008.
La conjoncture viticole est particulièrement difficile en 2008/2009 avec :
– Une baisse des ventes de Bordeaux sur la dernière campagne : de 5% en GMS et de 18% à l’exportation
– Une chute sévère des volumes de transactions : – 29% à Bordeaux et – 20% à Bergerac sur la campagne 2008/2009 par rapport à la campagne précédente.
- En conséquence, les volumes commercialisés par les viticulteurs sont historiquement bas moins de 5 Millions d’hl à Bordeaux. Il faut remonter à 1991/1992 pour retrouver un volume aussi bas ; dans le même temps le potentiel de production est passé d’un peu plus de 5 M d’hl à plus de 6 M d’hl
- Les prix sont restés bas malgré les faibles récoltes 2007 et 2008 :
31 % des transactions de Bordeaux ont été réalisées en dessous de 900 €/ tonneau en 2008/2009 contre 2% en 2007/2008.
- De plus, l’année 2009 a été également marquée par des épisodes de grêles qui ont touché plus de 15 000 ha du vignoble aquitain essentiellement dans le Bordelais…
Seule note positive : Les bonnes conditions climatiques de l’été qui ont favorisé une vendange excellente en qualité et quantité. (par exemple : 6 Millions d’hl estimés sur Bordeaux) ; même si cela masque des disparités importantes entre exploitations notamment dans les zones fortement grêlées.
La crise dégrade fortement la rentabilité des exploitations :
Le repli de la consommation de vins, si elle a eu un impact notoire sur la baisse des sorties de propriété, sur l’accroissement des stocks, et sur les prix payés aux producteurs, a surtout été préjudiciable pour le revenu des viticulteurs.
Du fait de la mauvaise récolte de l’an passé, de la mévente de la campagne, la rentabilité des exploitations, déjà fragilisées depuis 2003 par des cours restés bas, s’est fortement dégradée.
Par exemple, les coûts de production d’une exploitation type de Bordeaux se sont élevés à 1162 €/tonneau en 2009 (pour un rendement de 50 hl/ha), alors que le prix moyen du Bordeaux rouge s’est établie à 958 €/tonneau pour la campagne 2008-2009.
( NB : La Chambre d’Agriculture de la Gironde vient d’ailleurs de réactualiser le référentiel des coûts de production du vignoble bordelais (de la vigne à la bouteille) et nous prévoyons d’en faire une large diffusion prochainement auprès des viticulteurs pour les aider à optimiser la maîtrise de leurs charges.)
Cette situation fragilise d’abord les viticulteurs ayant des charges d’emprunt, notamment les jeunes agriculteurs et entraîne de grandes difficultés de trésorerie chez ceux qui ne peuvent pas faire face à leurs charges financières et sociales ; ce qui explique la demande du syndicalisme d’une année blanche…
Nos propositions d’actions
Face à l’ampleur de la crise, nous demandons :
- -La mise en place de mesures de soutien de trésorerie pour les exploitations les plus fragilisées : prises en charge d’intérêts, prise en charges de cotisations sociales, report des annuités d’emprunt pour les aider à passer le cap.
- Un plan d’allègement des charges des exploitations notamment sur la main d’œuvre pour nous aligner sur celles de nos concurrents européens ( l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne)
- Un renforcement des moyens de recherche-innovation et d’expérimentation pour préserver la compétitivité de la filière, avec l’établissement d’une vraie passerelle entre la recherche, l’expérimentation et le développement.
Sur ce plan, il nous faut créer une collaboration étroite entre l’ISVV et le pôle vitivinicole de Blanquefort.
- Des moyens supplémentaires pour la promotion de nos produits, pour compléter les fonds de l’OCM viticole pour les pays tiers.
Au niveau de la filière viticole en aquitaine, il nous faut aussi engager une réflexion de fond sur les orientations nécessaires et donner des perspectives d’avenir aux viticulteurs, pour une amélioration de la valeur ajoutée des produits et une meilleure compétitivité de la filière.
A ce titre, les organisations professionnelles agricoles d’Aquitaine se sont engagées dans un projet stratégique agricole régional qui comportera un volet viticole ;.nous y ferons des propositions.
Enfin concernant les interprofessions, j’ai noté que la prochaine Loi de Modernisation de l’Agriculture (LMA) devrait prévoir un renforcement de leur rôle dont nous pourrions tirer profit afin d’en accroître l’efficacité dans l’organisation des marchés.
Auteur : dominique Graciet
