La récente conférence régionale sur les Fruits et Légumes qui a réuni la Chambre Régionale, le Conseil Régional et nombre d’acteurs commerciaux de la filière, n’a pu qu’acter le plus grand désarroi de ce secteur.
Les Fruits et Légumes, après la vigne, l’élevage ou les céréales lors de précédentes réunions qui leur ont été consacrées, sont en situation de crise grave.
Malgré la bonne vingtaine de productions présentes dans notre région, le secteur fruitier et légumier est touché dans son ensemble. Rentabilité faible, ou négative, absence de perspectives, contraintes techniques ou administratives toujours plus fortes, font douter les producteurs qui démissionnent, désinvestissent ou cherchent de nouvelles voies commerciales, souvent vers le repli.
Les crises agricoles ont souvent jalonné notre histoire mais les raisons en étaient identifiées, elles étaient ponctuelles et sectorielles.
Jamais un tel raz-de-marée ne nous avait touché, au cours d’une année climatique clémente et pour des raisons aussi diffuses.
Lorsqu’au cours du temps nous avons dû mener des évolutions, parfois déchirantes, nous avons toujours vu des perspectives, inventé des modèles et déployé des efforts pour tendre vers eux.
Or cette fois, nous semblons être en panne de modèle.
Nous ne pouvons nier que des progrès sont à réaliser, partout et toujours. Le progrès est sans fin, il est l’horizon que l’on voit sans jamais le toucher, bien sûr.
Mais chacun d’entre nous ne peut que considérer que les règles du jeu actuel ne nous sont pas favorables et que l’hypothèse de la disparition pure et simple de certains métiers n’est pas exclue.
La concurrence désormais presque libérée, de pays à faible coût de main d’œuvre, faible coût fiscal et faibles contraintes administratives ou sociétales, quand la seule logique de l’achat est le coût, nous impose grande difficulté.
A l’exportation bien sûr, pour les produits comme la pomme qui doivent y trouver des débouchés ; mais aussi sur le marché national, malgré une offre équilibrée, les prix sont sous pression permanente.
Le pacte social entre nos clients et nous s’effiloche sans cesse, et nos diverses initiatives d’assurance qualité ne résistent pas toujours au chant des sirènes du bas prix.
Ce constat est accablant.
Devant la situation de crise patente, l’état et les collectivités nous proposent d’intervenir pour passer le cap.
Ces mesures d’Etat sont quasi- anecdotiques par leur montant et ne peuvent agir que comme un cache misère, avec un petit intérêt social mais pratiquement aucun sur le secteur économique.
Les lourds investissements nécessaires à nos productions demandent de la visibilité et donc des politiques au long cours, c’est ce que nous attendons de l’Etat.
Si nos produits n’ont pas un accès privilégié au marché international, nous devons pouvoir les produire dans les mêmes conditions que nos concurrents, conditions salariales et réglementaires. Il appartient à l’Etat de les restaurer. Et nous le lui demandons.
Le Conseil Régional nous propose aussi son aide et nous demande de faire connaître nos orientations. L’assemblée Régionale n’a pas le pouvoir de légiférer, seulement mission économique sur son territoire.
La région ne peut pas seule « boucher le trou » de la cinquantaine de millions qui vont manquer à notre secteur régional d’activités.
Néanmoins, à l’occasion de cette crise, comme à chacune des étapes de notre collaboration, notre profession se doit de faire savoir ses options pour l’orientation des crédits, quel qu’en soit le montant et quoi que décide le Conseil Régional à la fin.
Il n’est pas confortable de parler au nom de tous, dans l’incroyable diversité des situations économiques, familiales, territoriales.
Représenter n’est pas confortable mais avant tout le responsable est à son poste pour nous orienter.
Malgré nos inquiétudes, nous ne savons pas de quoi demain sera fait. D’autres avant nous ont fait le choix de croire en l’avenir et décidé de le préparer. Dans nos métiers, chaque paysan qui tombe n’est pas remplacé, chaque verger abandonné n’est pas replanté et la richesse part ailleurs, le territoire s’appauvrit.
Notre choix a été de demander au Conseil Régional d’orienter ses crédits vers l’outil de production, la rénovation des vergers, les filets paragrêle, les abris mieux équipés, l’expérimentation, les avances remboursables à taux zéro ; pour mieux financer nos outils.
Et ce plutôt que de verser 300 Euros inutiles à chacun.
C’est un choix, discutable.
Des bouleversements radicaux interviendront forcément bientôt dans la logique globale actuelle, qui est à bout de souffle.
Faisons en sorte d’être prêts pour ce jour-là.
Auteur : dominique Graciet
