Extraits des interventions de Dominique GRACIET lors de la Session de la CRAA
Le PSAA : le cap de l’agriculture aquitaine
« Lors de notre session de novembre je vous ai présenté les grandes lignes de ce projet PSAA et sa philosophie. Comme vous l’avez constaté tout à l’heure, le projet avance. L’ambition de cette affaire est bien de proposer à toutes les composantes de l’agriculture régionale un cap pour les années qui viennent, autour duquel pourront se décliner, par filières, par territoires, par thématiques, des programmes d’actions calibrés, identifiés et partagés.
Nous avons décidé d’élaborer ce projet en réunissant des compétences issues des OPA associées et de nos partenaires privilégiés que sont l’Etat et le Conseil Régional. Notre objectif est de produire cette fin d’année un document de synthèse qui débouche sur la mise en œuvre d’actions concrètes pertinentes. J’insiste aussi pour affirmer que la production d’un document de cette nature n’est pas une fin en soi, mais au contraire un point de départ, où, le cap étant fixé, la réactualisation, l’ajustement, l’enrichissement soient possibles en cours de route.
Le projet stratégique agricole aquitain est aussi un exercice de gouvernance globale, au bénéfice des agriculteurs, du territoire de l’Aquitaine et de son économie, en donnant cohérence et sens aux politiques qu’il sous-tend.
Il s’agit aussi d’être capable de remettre en cause nos schémas, nos habitudes. Le monde change, pour nous adapter nous devons changer… Pour ne pas subir, nous devons anticiper…
Parmi les chantiers certains sont sans doute plus prioritaires que d’autres :
- L’adaptation aux marchés est sans doute essentielle.
Dans ce contexte les politiques de segmentation par l’origine et la qualité ont toutes leurs raisons d’être, mais ne doivent plus être les seules pistes à envisager. Il faut partir du besoin des consommateurs ! Il faut donc connaître les marchés (débouchés)!
- L’accès aux ressources comme facteur clef de la compétitivité de l’exploitation agricole est aussi essentiel. Dans ce domaine les exemples qui suivent autour de la question de l’eau, ou du foncier illustrent parfaitement l’impasse économique que fait peser la restriction de l’accès aux ressources disponibles, à l’économie agricole régionale.
L’innovation et la recherche, voilà bien un domaine déterminant qui est au cœur de nos métiers. Ce sera le thème de notre débat de l’après-midi, avec au programme la question de la gouvernance de la recherche, de son financement et la diffusion des savoirs et des connaissances qui en résultent, pour que l’innovation reste un facteur de compétivité pour les agriculteurs… »
Eau : halte au massacre
« Je parlais ressource il y a quelques secondes… Commençons par la plus vitale, l’eau.
Nous sommes au point de rupture avec l’Administration, et Monsieur Hervé DURAND connaît bien nos arguments .
Nous vous confirmerons tout à l’heure la position proposée aux 22 chambres concernées dans ce dossier. Les choses auraient pu être simples : Les agriculteurs irrigants d’Aquitaine, ont depuis de nombreuses années, et grâce à l’appui des Collectivités Territoriales et de l’Agence de l’Eau, engagé un travail d’économie et de gestion de l’eau en développant des technologies de pointe, dont nul n’ignore les résultats. Ce faisant, la réforme des procédures de prélèvement d’eau pour l’irrigation résultant de l’application de la loi sur l’eau se traduit sur notre bassin par une réduction de 30% des surfaces irriguées ! L’incidence négative en termes d’emplois se situe à plusieurs milliers d’emplois directs. La solution est pourtant simple :
créer de nouvelles ressources qui permettront de faire face à l’ensemble des usages dans de bonnes conditions.
En attendant, accepter une période de transition, maintenant le système actuel, qui a fait ses preuves y compris en période tendue où les agriculteurs ont toujours pris leur responsabilité.
Monsieur Erik ORSENA, un des intervenants du colloque sur l’eau qui a eu lieu récemment dans le cadre du SIAD, auteur d’un ouvrage sur l’eau, s’est lui-même ému de cette situation, ne comprenant pas que, dans une région comme la notre où l’eau est disponible, où l’argent est mobilisable, l’aménagement de nouveaux ouvrages soit rendu impossible !
En conséquence pour éviter le massacre de notre agriculture, j’invite les responsables professionnels concernés à ne plus participer à aucune réunion sur le sujet, tant que cette perspective de la mise en place d’une solution raisonnable et concertée n’est pas ouverte. »
Une crise viticole profonde qui inquiète
« La crise viticole sur notre bassin, est plus profonde que jamais .
Je ne me risquerai pas à donner des solutions pour en sortir ; elles sont sans doute multiples et reposent aussi sur des remises en question ; Il me semble que dans ce débat la réflexion collective doit être privilégiée, en rassemblant tous les acteurs. Là encore la recherche et l’innovation doivent être sollicitées pour imaginer de nouveaux modes de production compétitifs, autour de la reconquête de marchés de volume seuls susceptibles d’absorber la part de notre production aujourd’hui valorisée en dessous de son prix de revient AOC.
Bordeaux fête le vin qui ouvre ses portes cette fin de semaine, et un millésime 2009 de qualité exceptionnelle, sont autant d’éléments qui entretiennent l’espoir de jours meilleurs ! »
Des éleveurs aquitains privés de débouchés sur fond de crise laitière : de l’importance des industries de transformation
« 240 éleveurs du GIE sud-lait se sont retrouvés sans débouché, dans un contexte de crise laitière européenne. La situation de la production laitière en Aquitaine, est caractérisée par une faible densité de production, une sous-réalisation du quota, et un tissu d’entreprises peu structurées…
Au travers de cet exemple, on peut tirer plusieurs leçons :
> Les solutions individuelles à court terme pour légitimes qu’elles soient, ne sont pas toujours durables
> La localisation des centres de décisions au plus près des producteurs, comme celles des outils de transformation, sont sinon des garanties de pérennité d’activité, du moins des éléments structurant et dynamisant de l’activité d’un secteur.
> Pour rebondir, il est nécessaire d’engager une réflexion stratégique globale sur la filière laitière régionale, tant en amont (investissement, appui technique,…) qu’en aval (étude de marché, innovation, investissement, financement, appui commercial). Nous organiserons une réunion régionale rapidement sur ce sujet.
En l’occurrence, la profession comme l’administration s’ emploient à rechercher des solutions pour les éleveurs concernés dans un cadre interprofessionnel, à la fois pour le court terme et pour le moyen terme.
La conjoncture un peu meilleure devrait favoriser un retour à plus de sérénité. »
SAA et SIAD : ou l’importance des salons dans la communication de la profession !
« Le salon de l’agriculture aquitaine a connu une affluence record cette année, bénéficiant de l’attractivité de la Foire Internationale de Bordeaux,-350 000 visiteurs- et d’un temps favorable.
Profondément remanié dans sa structure, avec sur l’extérieur notamment 3 espaces bien distincts :
- L’espace consacré à l’agroalimentaire et aux produits : Cuisine et savoir-faire d’Aquitaine –nouveauté cette année l’oenothèque-,
- La ferme d’Aquitaine,
- Le marché de producteurs de pays Aquitaine – la marque des chambres
Les chambres se sont impliquées sur de nombreux espaces, élevage (pendant Aquitanima), ARBIO, Aquitaine Cap-métiers, l’œnothèque, l’espace tourisme, l’espace ovins, et pour la première fois les chambres disposaient de leur lieu d’accueil.
Cette année l’implication des professionnels et des départements s’est renforcée, avec notamment :
- Les jeunes agriculteurs autour du parcours de l’enfant et l’organisation de leur AG
- Les chambres dans leur ensemble , ce qui a aboutit à l’organisation de 3 journées départementales : Landes, Gironde et Pyrénées atlantiques.
Cette communication de proximité est indispensable pour maintenir le lien avec la société.
C’est aussi un des chantiers du Projet stratégique : en effet que ce soit autour des pratiques agricoles ou des métiers, il est fondamental de faire comprendre l’agriculture d’aujourd’hui afin que nos concitoyens acceptent l’agriculture que nous avons construite et le cas échéant suscitent des vocations chez leurs enfants.
D’autres opérations s’inscrivent tout à fait dans cette logique : je citerai par exemple « la Ferme en ville » qui se tiendra à Bayonne les 25 et 26 et 27 juin prochains, opération piloté par la CDA 64, ou encore toutes les journées de l’élevage organisées par les chambres départementales.
Le SIAD qui s’est tenu à Agen, avait avant tout une ambition professionnelle. Cette première édition nous a permis de rappeler qu’il n’y pas d’opposition entre différentes agricultures, biologique et conventionnelle, dont les productions doivent avant tout répondre à des marchés pour être durables.
L’agriculture biologique est un choix technique, et elle a sans doute beaucoup à apprendre en matière de filières pour pérenniser la valeur ajoutée qu’elle est susceptible de générer ;
l’agriculture conventionnelle qui évolue fortement, emprunte souvent à l’agriculture biologique des techniques alternatives économes, dans un souci de performance agronomique. »